Quand le vieux Lyon voyage dans le temps, 1533 l’année des Pennons

Aujourd’hui, j’ai eu de la chance, comme cela peut être le cas de temps en temps lorsque les astres sont favorables ou que comme dans Naheulbeuk dans les Forêts du Nord sur une jambe dansant à la pleine lune au milieu des douze statuettes de Gladeulfeurha enroulées dans du jambon la chance vous sourit.

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Pour une des rares fois ou je sors de ma caverne pour voir les premiers rayons de soleil printaniers en famille ce samedi, tout s’enchaine : une visite sur la presqu’île improvisée, un encart informatif dans un journal gratuit et nous voilà partis à remonter la course du temps pour l’an de grâce 1533 pour la célébration annuelle des Pennons.

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Il faut savoir que chaque année à la même période, le vieux Lyon célèbre l’aumônerie accordée aux Lyonnais.

Pour cette reconstitution historique, nous avons pu voir des centaines de personnages costumés déambulant dans les rues médiévales du vieux Lyon.

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Au milieu des badauds le hasard des rencontres vous fait croiser de singulières personnalités allant des plus grands monarques affublés de leur plus beaux atours au plus vils manants issus de la paysannerie la plus rustique.

Tout le 5 ème arrondissement était le théâtre de scènettes alliant combat, chevauchés, processions, joutes verbales, danses médiévales, tir de canons et milles autres moments de cette vie d’antan.

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La place Saint Jean est avec sa cathédrale pour l’occasion le point d’orgue de cette commémoration.

Une grand messe a même été organisée quelques jours avants .

Moultes échoppes médiévales offrent explications et démonstrations. On peux aussi festoyer à l’animée taverne de la Mère Papille.

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Des musiques de cette ancienne époque accompagnent avec entrain les danses et saynètes à chaque instant.

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Cette prestigieuse manifestation se clôturera en apothéose le jeudi 16 mai 2013 par la reconstitution historique de la signature de la Charte Sapaudine en présence de tous les formidables acteurs de cette fantastique commémoration.

Pour les plus érudits d’entre vous, j’ai repris quelques explications sur cette joyeuse manifestation.

Notre belle ville de lyon et wiki en parlent mieux que moi : donc c’est parti pour un petit cours d’histoire…

Un pennon désigne un type de drapeau de forme triangulaire.
À Lyon au Moyen Âge, les Pennons désignaient une organisation civile pour défendre la cité. Chaque quartier devait fournir un contingent d’hommes pour assurer notamment la garde de nuit de la ville (rues, remparts, portes, ports…) et la lutte contre les incendies. Le contingent de chaque quartier se regroupait sous un pennon et était désigné sous le terme de « pennonage ».

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Chaque année, la Compagnie des Pennons de Lyon organise une fête Renaissance pour célébrer les splendeurs de la Ville de Lyon à cette époque

Les blasons des Pennonages
*1269 : les milices citadines apparaissent en pleine lumière avec leurs bannières et leurs cris
*1271 : cérémonie de l’apposition des sceaux, les habitants de la ville croient avoir enfin leur autonomie, elle ne sera réellement légalisée que 49 ans plus tard.
*1320 : l’Archevêque reconnaît aux citoyens le droit de garder les portes, d’en conserver les clés, d’encadrer la milice armée par la charte Sapaudine à l’initiative du roi Philippe V le Long.
La Charte Sapaudine donne également le droit aux lyonnais de conserver leurs archives.

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L’institution des Pennonages est à Lyon l’une des plus anciennes.Le Consulat prétend au droit de commander seul dans la Ville, il entretient une milice chargée de maintenir l’ordre à l’intérieur des murs, son nom Les Bannières et Pennons qui deviendront plus tard à la suppression des Bannières Les Pennons de Lyon.

Philippe Le Bel dans un traité solennel, en 1312, reconnaît aux Lyonnais un certain nombre de privilèges parmi lesquels figure le droit de garder « la Ville, ses portes et ses clés ».

Tout habitant sollicitant le droit de bourgeoisie est inscrit pour le service de garde et de guet. Le guet est le service de nuit, assurant la sécurité dans la ville par des patrouilles.

Dans chaque quartier il est formé une compagnie nommée « Pennonage » parce qu’elle possède un drapeau semblable au « Pennon », le drapeau réservé primitivement aux chevaliers, drapeau de forme rectangulaire, terminé en longue queue.

Au XIVème siècle, il est fait mention de 7 bannières : 3 sur la rive droite de la Saône (côté du royaume), 4 autres sur la rive gauche (côté de l’Empire) ; Elles portent soit le nom d’un quartier soit le nom du chef.(les bannières sont subdivisées en Pennons).

En 1465, il n’y a plus que 2 bannières ; elles sont encore mentionnées en 1507.

Durant le XVIème siècle, d’importants changements sont faits. La milice n’a pas réalisé l’espoir que le Consulat avait fondé sur elle. Les miliciens demeurent malgré les punitions et les admonestations, inexacts et indisciplinés ; insuffisants pour assurer l’ordre dans la ville et la sécurité aux habitants.

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Un officier spécial a pour fonctions de transmettre les ordres du Consulat aux capitaines des Pennonages, et de visiter les postes de garde, afin de s’assurer de l’exactitude des miliciens.Comme on l’a déjà noté, le nombre des Pennonages est en 1528 de 35, les seuls insignes qui différencient les compagnies sont les plumets et cocardes de couleurs variées.

En 1609, les capitaines pennons ont reçu directement du Gouvernement, le tableau des postes de garde ; et en 1627, un ordre de sortie.

En 1670, création d’une compagnie (de Suisses !) formée pour soutenir les Pennonages dans le maintient de l’ordre. Les prétentions des officiers ont donné lieu à de longs débats et à des conflits dans lesquels ont voit intervenir les capitaines pennons, protestant contre tout assujettissement au capitaine de ville, simple officier salarié.

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En dehors de ces conflits, en somme peut intéressants, l’histoire des Pennonages durant le XVIIème siècle, ne mentionne aucune modification dans l’organisation de la milice et se borne à signaler les variations dans le nombre de quartiers de la ville : il y a 36 quartiers en 1620, 35 en 1622 et 37 en 1678 !

En 1772, désignation des plans de bataille pour chaque corps de troupes, arquebusiers, guet, Pennonages, compagnie franche du régiment lyonnais.

Pour ce qui concerne les Pennonages, un événement inattendu a déterminé leur réorganisation en 1746.

Une émeute des ouvriers en soie avait du être réprimée en 1745 par les troupes royales, et le vicomte de Lautrec, commandant, avait après la répression, ordonné le désarmement des 35 Pennonages.

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Les officiers ayant donné leur démission, le Consulat profita de l’occasion pour modifier, après une enquête sur la population, la délimitation des quartiers dont le nombre fut réduit à 28. Cette modification entraîna la réorganisation des Pennonages.

Dans cette seconde moitié du XVIIIème siècle, les ordonnances consulaires rappellent au 28 Pennonages les règlements auxquels ils doivent obéir, pour les habituer à l’exactitude, multipliant les « aides majors » chargés de surveiller les postes, de former les miliciens au maniement des armes, enfin de surveiller l’entretien des seaux et appareils d’incendie.

Ainsi l’institution des Pennonages a fait partie de l’organisation municipale lyonnaise pendant 500 ans.

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Liée au Consulat, elle disparut en 1790 sur décision Parisienne, les Pennons deviennent une garde nationale avant d’être dissous, on peut voir au musée gadagne quelques bannières de pennonages.

Le drapeau d’un Pennonage peut certainement être assimilé à un blason. Il a ses couleurs qui ne sont pas limitées au émaux héraldiques, ses emblèmes, sa devise ; et chacun de ces éléments a été soigneusement discuté et choisi dans la compagnie mais en 1746, des modifications sont apportées dans les emblèmes et les devises de plusieurs.
Les bannières adoptent la forme carrée qu’elles ont conservé de nos jours dans les Pennonages des quartiers de Lyon.

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Explication de la CHARTE SAPAUDINE

CHARTE SAPAUDINE

Le droit à la liberté….

Au XIe siècle, le pouvoir ecclésiastique gouvernait la ville, avec droit de justice, de battre monnaie, et de lever des troupes ; l’archevêché restait seul maître du Lyonnais, ne partageant son pouvoir temporel qu’avec les chanoines comtes de Saint Jean, constitués en chapitres depuis le IXe siècle.
La population se développait dans la presqu’île depuis qu’un pont de pierre la reliait à la cité blottie au pied de Fourvière. 
Des bourgs se constituaient animés par des marchands que les exigences féodales de l’archevêque ou de chanoines exaspéraient. 
Le tempérament mystique des Lyonnais favorisait l’absolutisme d’un pouvoir disposant d’armes spirituelles, sous la menace desquelles toutes les têtes se courbaient.
Personne, pendant longtemps, n’osa résister à la domination des archevêques et aux injustices de leurs officiers, ni réclamer les droits déjà reconnus à plusieurs villes de la vallée du Rhône.
La lutte ne commença qu’en 1193, au sujet d’impôts mis arbitrairement sur les denrées et marchandises de première nécessité et exigés avec vigueur par l’archevêché.
Celui-ci dû capituler devant le soulèvement des habitants et traiter avec eux. 
Cet acte fut le prélude d’un conflit de plus d’un siècle ; le sang coula plus d’une fois, mais la ténacité et la patience des marchands bourgeois auront raison de la superbe des seigneurs.
Quartiers et corporations en lutte contre le pouvoir dominateur arboraient tout naturellement sur leurs pennons (bannières) le symbole parlant du roi des animaux.

En 1320 sous la pression du roi Philippe V Le Long, l’archevêque de Lyon, Pierre de Savoie, signa la charte d’affranchissement de la commune, charte dite « Sapaudine » qui leur permit de légaliser leur organisation de gestion de la cité sous le nom de ‘Bannières et Pennons’.
Les Lyonnais affichèrent alors ouvertement leur fidélité à la royauté en ajoutant en haut de leurs pennons (bannières) les fleurs de lys sur fond d’azur.
Cette commune a donné, alors, un nouveau visage à la ville.
Elle plonge ses racines dans les libertés de la charte de 1320.
Cette charte confirme les usages, les franchises, les coutumes de la cité de Lyon et de ses habitants ; les citoyens peuvent ainsi s’assembler, prendre les armes lorsque nécessaire, avoir la garde des portes et des clés de la cité (les Pennons de Lyon), et conserver leurs archives.La charte Sapaudine a été faite au château de Pierre Scize sous la bulle de plomb du prélat. 

Lyon devint alors ville libre ..

Chaque année le Pennons des quartiers Lyonnais célèbrent l’anniversaire de cette charte et sa reconstitution aura lieu le jeudi 16 mai devant la Cathédrale St Jean.

Le comité des fêtes de la ville de Lyon fait appel pour l’occasion à des artistes et associations médiévales mais la plupart des participants sont des bénévoles.

Un petit clin d’oeil et mes remerciements pour les artistes d' »Histoire de Duels » pour la qualité de leur saynètes et leur disponibilité.

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Merci aussi à tout les participants et au comité des fêtes de Lyon qui nous ont fait rêver et voyager dans le temps en cette délicieuse après midi printanière ensoleillée.

Vivement l’année prochaine!
Kerlaft le Roliste essayera d’être au rendez vous.

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2 réflexions sur “Quand le vieux Lyon voyage dans le temps, 1533 l’année des Pennons

  1. C’est bien de profiter du premier jour de « printemps » comme ça …

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